Je m'appelle Luna. Définitivement. Mes badins parents m'ont attribué ce prénom si peu commun à la naissance. Et moi je suis une personne si commune, si commune que je me fonds dans la population comme un grain de sable sur la plage. Personne ne me vois et je vois tout le monde. Telle une souris dans mon petit trou, j'observe toutes ces jolies jeunes filles épanouies qui rient et croquent la vie à pleines dents autour de moi. Je suis si insignifiante... Ni épaisse ni maigre. Pas même jolie. Ni repoussante d'ailleurs. Si encore mon physique - si laid aurait-il pû être - attirait les regards... Mais non ! Insignifiante vous dis-je. Inutile. Transparente. Et n'allez pas me dire que c'est la crise d'adolescence qui me fait dire ces sottises. Ces pensées, il doit bien y avoir maintenant quatre ou cinq années que je les médite. Pas facile à dix-huit ans de penser que l'on est utile pour personne. La raison de toutes ces pleurnicheries ? Ma timidité, qui depuis ma plus tendre enfance m'enfonce et restreint mes connaissances à celle du cercle familial. J'ai une amie en tout et pour tout. Marine. Très extravertie elle, jolie avec son petit air malicieux, son carré court et ses cheveux auburn. Rien chez elle ne ferait son adéquation avec ma personne. Pourtant depuis nos premiers pas nous nous entendons bien. L'amitié de nos parents respectifs n'y est sans doute pas étrangère. Marine a bien sûr autres amis que moi, même si pour elle - à ses dires - je demeure sa plus fidèle et sa plus agréable compagnie (diable elle ne se rend sans doute pas compte !) ; et lorsque Marine retrouve sa bande de potes étudiants, je suis bien entendue seule. Elle a tenté parfois de me les présenter, mais ma timidité m'a faite fuir en courant sous leurs rires plus dérangeants les uns que les autres. Navrant, n'est-ce pas ?
Mais le sujet n'est pas là. Je suis là aujourd'hui pour vous parler de mon destin, celui qui va basculer en l'espace de quelques jours. Je ne le sais pas encore, mais ce que je m'apprête à vivre est des plus extraordinaire.